J'ai donc terminé
hier ce magnifique livre dont je vais vous faire une 'critique' très positive !
SAUVE TOI, LA VIE T'APPELLE de BORIS CYRULNIK
Me semble t-il que c'est le livre le plus abouti, le plus complet, le plus profond, le plus fort et le plus bouleversant de cet auteur que je suis depuis ses débuts d'écrivain ..
Pourquoi dis-je cela ?
Parce qu'ici, il nous parle de ce qu'il a vécu mais de tout celui-ci, et qu'on découvre vraiment sa réalité d'enfant 'juif' ....et toute la traque qui fut autour de lui ..
L'horreur nazi est bien exprimée là dans toute sa folie ..et c'est totalement 'ahurissant' de s'imaginer un seul instant ces traques de personnes juives ...qui avaient juste le malheur de ne pas
être nées à la bonne époque ..
-ça me dépasse complètement ..- toute cette horreur ..
Comme le dit si bien l'auteur, si sa mère ne lui avait pas permis d'avoir un 'attachement sécure' , peut-être aurait-il moins eu la possibilité intérieure, cette force extraordinaire, de s'en
sortir ..de se sauver, de s'évader de cet enfer dans lequel il était .. pas que bien sur !!..
Boris Cyrulnik explique très bien que ce qui permet de s'en sortir ..et décrypte et fait le lien entre ce qu'il était enfant et ce qui lui a permis d'avancer ..de pouvoir s'évader ..
C'est ce qui est constructif pour nous lecteur aussi parce que cet auteur explique ce qu'il a vécu avec son métier de psychiatre ..et nous lecteurs avançons aussi avec lui dans
sa construction ..
A notre tour, nous pouvons aussi progresser avec notre matériel, ce qui fait que ses mots nous parlent aussi à nous meme si nous avons la chance de ne pas être nés à cette période épouvantable ..
Mais c'est ça qui est incroyable aussi ..c'est qu'à chaque fois que je lis ses livres, je me retrouve à 'vivre la meme chose' ..ou 'penser la meme chose' .. : ces mots me parlent tellement
également !!..
Ainsi, 'l'attachement sécure' qu'il a pu vivre avec sa mère dans les toutes premières années de sa vie avec
elle, lui aurait permis, dit-il de 'faciliter la rencontre' et l'aurait aidé à 'ne pas rater les mains tendues'.
C'est très bouleversant de savoir que finalement beaucoup de choses dépendent de notre enfance et de ce que nous avons pu avoir et vivre ou pas ..et que ceci détermine en grande partie notre
cheminement ..
Les parents sont des 'enveloppes affectives' ..
Ce qui explique que certains adultes arrivent à se sortir de ce marasme et affronter la vie du mieux possible et croire en elle, positiver malgré ce qu'ils auraient vécu ..
Boris Cyrulnik l'explique très bien en disant que les 2 facteurs de protection les plus sécures sont essentiels pour permettre d'avancer
- l'attachement sécure
- la possibilité de verbaliser
Tout se suit dans son livre car j'ai appris beaucoup de choses dans son parcours de vie quand il parle de la fin de la guerre ..
'parler transmettait l'horreur, se taire diffusait l'angoisse', et quand il écrit ces 'simples mots' qui sont si bouleversants !!
'pas facile de vivre quand on est survivant' ..
Egalement, ceci qui peut 's'appliquer' à n'importe quel vécu traumatique ..ou qui sort du 'commun des mortels' qui -faut-il le souligner- est complètement 'largué' quand il ne connait pas (et ne
cherche pas forcément à savoir/connaitre ..)
'Aucune histoire n'est innocente, raconter c'est se mettre en danger, se taire, c'est s'isoler'
C'est si vrai !!..
Quand on lit qu'il devait séparer ce qu'il pouvait dire et ce qu'il ne pouvait dire parce qu'on ne l'entendait pas ou qu'on ne le croyait pas ..vu qu'entendre qu'un enfant a pu vivre de telles
horreurs était visiblement impensable pour les adultes ....cela me touche profondément et cela me choque aussi profondément ..
Quand il dit qu'il aurait aimé 'en parler simplement', je comprends ce qu'il veut dire mais parler 'simplement' de toute cette horreur et raconter ce qu'on a vécu enfant est sans doute
trop violent, trop inimaginable pour les autres pour qu'ils puissent tout 'simplement' entendre ce vécu ..
Quand les autres ne peuvent pas imaginer votre réalité, leur(s) réaction(s) est souvent dramatique pour celui qui voudrait tant en parler 'simplement' mais qui ne le peut pas car les autres ne
peuvent l'entendre ainsi ..
Boris Cyrulnik les voient 'interloqués, dubitatifs, gourmands du malheur' et ce qu'il a vécu peut rejoindre d'autres vécus -moins dramatiques- (j'espère qu'il ne m'en
voudra pas de ce parallèle qui ne devrait pas être et qui n'a peut-être pas sa place pour lui dans ce qu'il a vécu ..) mais qui reçoivent le meme regard de la part des autres ..
Le 'parcours de son silence' fige le lecteur dans un désarroi sans nom ..
Il s'est tu pour ne pas mourir ..puis il s'est tu pour 'être tranquille' ..puis quand il a pu parler, ce n'était pas mieux puisque les adultes 'l'écrasaient' de leur pitié 'mon pauvre
petit' ..
Comme il évoque si bien !!..le fait que s'il avait pu parler de ce qu'il lui était arrivé lui aurait permis de comprendre et à 'rendre cohérent ce réel fou' et devoir taire 'ces années de mort et
de brisures répétées' a fait qu'il s'est retrouvé encore seul et 'soumis à l'évènement' vécu ..
-c'est ce qui est aussi important comme il le souligne en faisant un lien entre le 'trauma collectif' et le 'trauma individuel' -
'Le trauma collectif' permet de 'solidariser les membres du groupe' qui ainsi 'peuvent se rassembler et pour affronter l'agresseur'..*
'Le trauma individuel' 'désolidarise' et fait que le récit est 'impossible à partager'.
Ce qui isole la personne dans sa souffrance.
bingo !! ceci me parle !!** (voir à la fin de l''article)
Dans ce livre, il nous 'indique' tous les moyens qu'il a pu et mis en place pour approcher de la Résilience sans s'en douter ..mais en en
prenant conscience une fois adulte (?)
Comme 'ce refuge dans la rêverie' ..le flot de paroles pour 'masquer ce qu'il ne fallait pas dire' ..faire le pitre
..parce que lorsque vous faites rire, 'on vous applaudit et on vous aime' ..
Il évoque aussi lors de ses periodes d'isolement ces mouvements 'autocentrés' ou il se balançait et tournoyait autour d'une table pour 's'occuper' ..
Il nous parle aussi de 'cette crypte' intérieure, qui était 'secrète et lumineuse' et qui lui a permis de s'y réfugier quand les moments étaient si difficiles ..
Ce qui est troublant dans les livres de Boris Cyrulnik est que meme si nous n'avons pas vécu cette horreur -et quelle chance !!!!..-, ce qu'il exprime peut nous parler ..
Que ce soit ces 'mises en place' de résilience sans le savoir ..comme la rêverie ..le flot de paroles ..faire rire ..ces mouvements autocentrés ..cette crypte intérieure ..
Et puis pour progresser encore d'avantage ..il évoque l'écriture ..
Mais il nous indique qu'on écrit pas 'comme ça', qu'il faut un cheminement pour que cela soit possible ..
Que 'le temps du déni' est nécessaire ..
Il faut se sentir 'sécurisé' pour pouvoir témoigner ..
Il exprime aussi le cheminement qui se fait ..
'tous les blessés de l'âme' n'ont pas le meme cheminement ni la meme possibilité de celui-ci.
Certains restent 'sur place', en 'agonie psychique' et 'prisonniers du passé'
D'autres se sont 'retrouvés' dans la haine, une colère immense qui les 'protège' de la dépression ..
Et puis, quand il nous explique la différence entre 'se plaindre' et 'remanier le passé' :
Si on ne remanie pas le passé, on reste prisonnier de celui-ci et c'est ce qu'on appelle 'se plaindre'
mais si on 'modifie la représentation' en cherchant à comprendre et à se faire aussi comprendre, le récit alors devient partagé et 'infléchit le sentiment'.
'ruminer ou remanier' , ce sont donc 'les deux chemins qui nous sont proposés après un trauma'.
Quand il dit ceci, il me bouleverse ..
'il m'a fallu longtemps pour comprendre qu'avant de se risquer à parler, il fallait d'abord rendre les autres capables d'entendre'.
Et ceci est 'valable' pour toutes souffrances vécues !!
Il faut savoir et pouvoir permettre à l'autre de vous entendre ..
Ce n'est pas chose facile ..ce n'est pas possible pour tout le monde ..
Je pourrais continuer 'sur ma lancée' tellement ce livre m'a ébloui par cette force étonnante qu'a eu ce petit enfant nommé Boris ..pour mettre en place tous les moyens pour s'enfuir ..s'évader
..de toute cette horreur ..et pouvoir ainsi rester en vie !!
Bah moi je dis 'chapeau monsieur Boris Cyrulnik' !!
C'est aussi un sacré coup de chapeau pour que nous autres, avec nos traumatismes vécus (ou pas et tant mieux alors), nous puissions croire et toujours croire en la vie !! et croire en nos forces,
en nos espérances, en nos capacités !!...
Entourons-nous de personnes 'sécures' , positives, qui nous donnent 'des ailes' pour regagner cette liberté parfois sacrifiée, mutilée, blessée ....
Et comme le dit aussi l'auteur 'c'est dans l'étonnement que nous éprouvons le plaisir d'élucider' et puis également 'la créativité est un outil de résilience' et ça j'en
reste persuadée aussi !!
Pour vous donner un peu plus l'envie de le lire ..croyez-moi vous ne le regretterez pas !!..
** j'évoque par là le drame du Distilbene (..)
Un groupe de personnes est regroupée et peut ainsi parler de leurs souffrances communes ..parce qu'elles ont 'les memes' ..
Moi et sans doute d'autres (bien cachées car non trouvables à ce jour malgré beaucoup de recherches ..ou étant complètement enfoncées dans leur douleur et donc dans
l'incapacité de témoigner ....) sommes seules ..parce que notre souffrance n'est pas commune au groupe de parole qui existe ..
Je ne sais ce qu'il en est des autres mais moi je l'exprime par 'une double peine' ..